1re couv entre temps

La fin de semaine de travail pour l’écrivain public s’annonce très bientôt. L’étrange soleil humide et déclinant, mais encore assez lumineux, fait étinceler les carreaux de sa fenêtre de bureau, à travers laquelle, de l’extérieur, on devine deux silhouettes face à face. La pièce du bas de l’immeuble est muette et cependant si vivante. Il est dix-sept heures passées quand M. Brassem, une cinquantaine d’année carillonnante, déploie toute son éloquence devant Liberté. Voilà déjà quinze minutes que la jeune dame et l’individu à la frange étendue au-dessus d’yeux bleus d’acier tristes ou souriants par intermittence, conversent. Sa voix chatoyante, radieuse même, inspire la sympathie. 

Il a une pochette à sa veste, d’où il sort régulièrement son téléphone portable, pour observer l’heure, ou bien pour surveiller ses messages, comme s’il attendait un SMS ou un mail d’importance. Doux, fatigué, désabusé parfois, son regard halluciné, est émouvant. Ses lèvres boudeuses, mais souvent entrouvertes cachent un petit malaise. Le visage rasé de près, émacié et finissant par un menton pointu avec une fossette… il est très soigné. Ses épaules étroites, sa démarche majestueuse, sa tenue vestimentaire reflète sa forte personnalité et son charisme. 

Un silence lourd de prémonitions s’installe. Il sent l’irrépressible besoin de se raconter. Pendant qu’il parle, Liberté spécule sur son âge. Cinquante-cinq ans ? « Il a l’âge de mon Thomas, ce M. Brassem… »,  estime-t-elle, se distrayant par là à comparer les deux hommes. 

Ils discourent sur le Codex Séraphinianus. Tandis que l’image de son époux se superpose à celle de son interlocuteur, elle explique qu’il s’agit, la concernant, d’un héritage. Et le hasard, qui fait venir jusqu’à elle un linguiste, enfin c’est ainsi qu’il se définit, un linguiste donc, détenteur de la même reliure, l’abasourdit. 

– Je pensais que traduire ce Codex, toujours indéchiffrable selon les articles récents que j’ai pu compulser, était une tâche vaine… et je suis bien curieuse de savoir d’où vous vient cet ouvrage particulier. Vous attisez ma curiosité. Vous faites partie d’un club ?

– D’un club, vous dites ? 

– L’association littéraire de la ville, oui, vous auriez pu être un adhérent de la Société polymathique également.

– Je ne suis pas d’Hennebont. En fait j’ai ici une petite location, mais j’ai aussi une villa à Larmor-Plage. Une nouvelle acquisition… J’ai beaucoup bougé. Une vingtaine de déménagements jusqu’à aujourd’hui… Mais, revenons à votre question. Non, je ne fais partie d’aucun cercle. J’agis très personnellement. Rien ne m’attire plus que ce qu’on croit énigmatique. J’écris une science-fiction et justement, mon héros est à la recherche de ce mystérieux message.

– Mais qui n’en n’est sans doute pas un.

– Pardon, pas un quoi ?

– Un message mystérieux. 

– Détrompez-vous Mme Guillaume. Les dessins sont les illustrations parfaites de cet homme moins fou que subtil et inventif, qui a voulu transmettre une vraie pensée, en un langage que j’ai su décoder ! Je le prouve dans le roman que j’ai écrit. Mais… Je n’ai pas le Codex avec moi aujourd’hui…

1re couv entre temps

La fin de semaine de travail pour l’écrivain public s’annonce très bientôt. L’étrange soleil humide et déclinant, mais encore assez lumineux, fait étinceler les carreaux de sa fenêtre de bureau, à travers laquelle, de l’extérieur, on devine deux silhouettes face à face. La pièce du bas de l’immeuble est muette et cependant si vivante. Il est dix-sept heures passées quand M. Brassem, une cinquantaine d’année carillonnante, déploie toute son éloquence devant Liberté. Voilà déjà quinze minutes que la jeune dame et l’individu à la frange étendue au-dessus d’yeux bleus d’acier tristes ou souriants par intermittence, conversent. Sa voix chatoyante, radieuse même, inspire la sympathie. 

Il a une pochette à sa veste, d’où il sort régulièrement son téléphone portable, pour observer l’heure, ou bien pour surveiller ses messages, comme s’il attendait un SMS ou un mail d’importance. Doux, fatigué, désabusé parfois, son regard halluciné, est émouvant. Ses lèvres boudeuses, mais souvent entrouvertes cachent un petit malaise. Le visage rasé de près, émacié et finissant par un menton pointu avec une fossette… il est très soigné. Ses épaules étroites, sa démarche majestueuse, sa tenue vestimentaire reflète sa forte personnalité et son charisme. 

Un silence lourd de prémonitions s’installe. Il sent l’irrépressible besoin de se raconter. Pendant qu’il parle, Liberté spécule sur son âge. Cinquante-cinq ans ? « Il a l’âge de mon Thomas, ce M. Brassem… »,  estime-t-elle, se distrayant par là à comparer les deux hommes. 

Ils discourent sur le Codex Séraphinianus. Tandis que l’image de son époux se superpose à celle de son interlocuteur, elle explique qu’il s’agit, la concernant, d’un héritage. Et le hasard, qui fait venir jusqu’à elle un linguiste, enfin c’est ainsi qu’il se définit, un linguiste donc, détenteur de la même reliure, l’abasourdit. 

– Je pensais que traduire ce Codex, toujours indéchiffrable selon les articles récents que j’ai pu compulser, était une tâche vaine… et je suis bien curieuse de savoir d’où vous vient cet ouvrage particulier. Vous attisez ma curiosité. Vous faites partie d’un club ?

– D’un club, vous dites ? 

– L’association littéraire de la ville, oui, vous auriez pu être un adhérent de la Société polymathique également.

– Je ne suis pas d’Hennebont. En fait j’ai ici une petite location, mais j’ai aussi une villa à Larmor-Plage. Une nouvelle acquisition… J’ai beaucoup bougé. Une vingtaine de déménagements jusqu’à aujourd’hui… Mais, revenons à votre question. Non, je ne fais partie d’aucun cercle. J’agis très personnellement. Rien ne m’attire plus que ce qu’on croit énigmatique. J’écris une science-fiction et justement, mon héros est à la recherche de ce mystérieux message.

– Mais qui n’en n’est sans doute pas un.

– Pardon, pas un quoi ?

– Un message mystérieux. 

– Détrompez-vous Mme Guillaume. Les dessins sont les illustrations parfaites de cet homme moins fou que subtil et inventif, qui a voulu transmettre une vraie pensée, en un langage que j’ai su décoder ! Je le prouve dans le roman que j’ai écrit. Mais… Je n’ai pas le Codex avec moi aujourd’hui…