1re couv entre temps             Novembre pleure sur le clocher de la basilique Notre-Dame-de-Paradis et arrose les chrysanthèmes rouges, jaunes et cuivrés, bordés de bruyère qui fleurissent le puits ferré du quartier du centre-ville d’Hennebont.

          Les vêpres ont attiré une foule vers l’église. De sublimes reliques, des morceaux de crâne de Saint-Matthieu, des larmes de la Vierge, un bout de la couronne d'épines du Christ rapportée par Saint Louis, ont été exposées à la sacristie, à l’occasion, qui l’ont fort intriguée. Elle a participé aux commémorations.

          Mais aujourd’hui, dimanche 1er novembre, elle demeure discrète à prier ses défunts en serrant fort une croix achetée lors d’un voyage à Moscou. Elle s’attarde dans l’enceinte de son appartement pendant l’entretien de sa chevelure longue aux pointes naturellement ondulées. Maintenue chez elle, un mari absent voilà huit jours, elle espère un appel avant midi.

          Comme chaque début de mois, elle ne déroge pas à la règle et elle prend soin de son abondante crinière brune qu’elle tend à vouloir éclaircir. Elle revoit Jean, le médiateur du patrimoine et entend encore les volcaniques explications sur les reliques, qui ont juré un tant soit peu avec la solennité du lieu. Ce passionné d’histoire tient aussi une boutique de livres sur la place Joffre. Les occasions ordonnées négligemment mettent à peine en évidence les exquises reliures, sur ses étagères, qui penchent sous le poids des trésors dont souvent il mésestime la valeur. A côté de recueils remarquables, se mêlent tout un tas d’ouvrages peu onéreux, que viennent chiner de rares fanatiques connaisseurs d’encyclopédies, d’atlas et d’écrits scientifiques du siècle dernier. Pour attirer les badauds, sa vitrine est emplie de bandes-dessinées et de romans de science-fiction contemporains qu’il vend à très bas prix.

          Une fois par mois, donc, il est d’usage pour elle, Liberté Guillaume, jeune dame très coquette, d’appliquer sur ses cheveux une mixture préparée par ses soins. Une coloration à faire poser d’interminables heures. Temps qu’elle met à profit pour régler des dossiers en cours. Elle pense aussi aux changements dans son agence d’écrivain public, provoqués par les travaux de réaménagement. Elle rouvre les bureaux mardi. Avec le plaisir de travailler en de nouveaux locaux, elle devra s’acquitter de factures. Elle doit désormais justement rétribuer son architecte d’intérieur et ami. « De l’argent dépensé plutôt adroitement », estime-t-elle.

          Les murs de cette agence lui sont acquis, ainsi que l’appartement sur deux étages qui la surplombe. Un hôtel particulier qui lui vient d’une grand-tante généreuse. La sœur de sa grand-mère paternelle, sans descendance, lui a légué trois niveaux à entretenir et à vivre ! Liberté a hérité de biens immobiliers. Certes. Ce qui lui tient le plus à cœur cependant, est sa collection de livres rares et anciens provenant de la bibliothèque de son père, un antiquaire qui, de son vivant, a su faire de merveilleuses affaires, lui relieur et grand expert dans son domaine. Liberté Guillaume, en entrant dans le salon envahi par un immense canapé d’angle bruni par l’âge, redécouvre ses livres parfaitement rangés derrière la vitre de son meuble qui crie de modernité. Cette pointe de neuf ne choque pas. Elle allie l’antique et le contemporain très habilement. Tout comme elle sait mettre en valeur le Codex Seraphinianus de l’artiste et architecte italien Luigi Serafini publié en deux volumes pour la première fois en 1981. Aussi, est-elle consciente de détenir de la poussière d’or avec le Codex mexicain Selden. Et la proche sortie de la copie de l’énigmatique manuscrit de Voynich est attendue dans les mois à venir. Elle guette.